D'après photo

Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 16:54
Consignes :

Choisir  une photo,  écrire.
Toutes les 5 minutes, la photo tourne. Continuer d’écrire… jusqu’à revenir sur sa photo de départ.

Les photos :
 
1) Vue d’ensemble.
2) L’arche devant le gîte
3) Le jardin du gîte
4) Les mains en train de composer un texte " mystères à prades "
5) Le toit de la vieille école 
6) la portion de chemin de fer
7) une porte et son heurtoir
8) Retour sur la première photo.
 
Les textes : 
 
Regard sur un triptyque qui sonne l’histoire de ces lieux, comme résonnent les trois cloches. Une main, grande ouverte, se pose sur Prades. L’index sur le clocher, le petit sur la chapelle, les autres ça et là sur les tombes. C’est une comptine qui se joue de la naissance à la mort
Passage 
 

Prades-Mur46.jpg

Passage souterrain : l’arche se dévoile, l’ombre devient nuit. Elle ne dévoile rien de ce  qui s’est glissé par cette béance. Elle ne dit pas à  qui appartient la trace du pas qui s’efface. Le  tailleur de pierres, jongleur de basalte et de granit  qui l’a bâti  chante.
Est-ce par là que l’eau de Prades a enfin réussi à s’échapper ?
 
 
Quelques pommes clignent de l’œil sur un jardin endormi. Se laisser envahir de mélancolie devant un tas de bois aligné sous un toit de tôle…Porter  le regard au delà de la rivière, jusqu’à ces forêts qui réveillent des odeurs d’humidité et de cuisine enfumée.
 
 
Des pas, des bras, des mains…
Main sur la pierre, main dans la terre.
Main qui forge, qui tape, qui sculpte, qui caresse, qui écrit.
Quels mystères ont donc habité Prades ? Celui du démon emmuré dans les orgues de basalte ? Celui de  cette psalmodie récurrente que l’on entend les nuits de grand vent derrière le mur du cimetière ? Et qui est donc cette femme qui a suivi la ligne de chemin de fer et a disparu comme volatilisée ? Pourquoi voit-on les lumières de l’ancienne école s’allumer les nuits de la St Gall de Langeac ?
Que charrie donc l’Allier ???
 
Que racontent les pierres ?
Les pierres se taisent, se délitent. Elles signent le  temps qui, sur Prades, n’a pas d’emprise : il suffit de traverser l’Allier pour se jouer de millions d’années. Mais ni les orgues, ni les dents de cheval ne livreront leur  secret. Prades garde tous les autres derrière ses soupiraux, ses portes cadenassées et ses carreaux opaques.  
 
Prendre le rail : fer, bois, gravier. Gravier, bois, ferraille. Traverses, failles. Gravier concassé, dispersé, bleuté.
Là, trois cheveux d’herbe. Silence sur Prades. Seulement le bruit de l’eau. Encore l’eau. 
 
Prades-Porte22R.gif
Je n’ai pas besoin de « tocquer ». J’ai la clé. Je la glisse tête en bas. Je tâtonne. Je dois trouver l’endroit juste. En douceur. Je la tourne, à l’envers. Une fois, deux fois. Elle se refuse, elle grince. Ma main est sure. Déclic. Je tourne la poignée. Enfin une porte qui s’ouvre .Je traverse la pièce sombre. Je pousse les volets engourdis.
 
 
 
 
Le soleil se lève. Il éclaire les murs du clocher, de la chapelle, du cimetière. Je vois le chemin. Derrière la rivière, entre herbes folles et rochers, je vais grimper, passer de l’autre coté.Telle un oiseau, Prades au revoir… Je ne faisais que passer…


Geneviève


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Qu’y a-t-il sous la grange ?

La voûte de pierre encadre l’antre sombre, sur le dos du chemin velu, la porte grise semble garder un terrible secret, une cascade de lierre enserre l’angle du mur, part à l’assaut de la façade, le gouffre béant résonne comme un appel : viens petite, viens donc, fouineuse, aventureuse, baisses toi, entre donc…

 


La petite est entrée ; après l’obscurité ses yeux éblouis ont eu un temps à ne plus voir, puis les pommes mordorées sont apparues sur l’arbre, le bois sagement empilé sous les tôles luisantes attendait le feu, la souche attendait, résignée à être régulièrement assommée par les coups du merlin ; la petite cour tremblait d’avance de cette résonance scandée.

Un chemin semblait traverser la cour, la petite le pris.

 

C’est là que tout à coup, une ombre venue par derrière masqua la lumière, deux mains glaciales autour de son cou… elle n’eu le temps que de sentir cela, l’air devin râle, elle voyait à présent le tas de bois, les pommes, la souche, s’obscurcir, tourner autour d’elle en spirale infernale ; Elle chuta lourdement sur l’herbe froide, sa robe rouge fit une tache sanglante au milieu de la cour.

Etait-ce l’aube ? Une lueur mauve rosée titillait ses paupières, cinq ovales sombres entourés de petits carrés deux par deux entourés eux même de rectangles rompus, géométrie variable, agréable et douce. Où était elle, dans son lit ? Quelle voix allait la tirer du sommeil ? Etait-ce un jour d’école, une aube de vacances ? Elle s’étira encore, referma les paupières ; Dormir encore un peu, oublier ce cauchemar de la nuit.

 


Elle se leva d’un bond. Bien sûr, c’était le jour du départ pour la ville. Elle devait ce jour là partir avec sa mère à la ville de Langeac, elles iraient en voiture dans la vieille traction noire du voisin, puis à la gare elles attendraient le train qui les conduirait à Langogne, la gare serait pleine de monde, la fumée des locos, les cris des cheminots, les voyageurs endimanchés…



Voilà c’était fini, sa mère a refermé la lourde porte, caressé la poignée usée par les millions de mains, le bois patiné par la pluie, la neige et le vent. Elle a tourné la grosse clef dans la serrure, elle a un peu forcé, on ne la fermait jamais à clef.

Elles sont parties le dos courbé, les valises pesantes à la main. La traction noire du voisin attendait sur le chemin.

 

La petite s’est retournée une dernière fois. Adieu le pigeonnier fièrement campé au dessus de l’Allier, l’église, ses pierres ocres et roses, le cimetière paisible où le père est couché, les collines pelées au-delà du village,les rochers sombres le ciel profond.

La porte de la grange est demeuré fermée. Bien des années plus tard, la petite est revenue au village, devant cette même porte, elle a pleuré ses souvenirs de petite fille, son enfance oubliée ses parents disparus, le village se meurt, où son ses amis, les cris d’enfants ne résonnent plus dans les ruelles.

Bravant les cauchemars de l’enfance, elle est entrée dans le jardin… Les pommes sont toujours au pommier.

Liliane
 

 

Liliane 
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